« l’économie sociale, une propriété de la rupture »

12/12/2011

vendredi 25 novembre 2011 par Jean-Paul BIOLLUZ

Président des Rencontres du Mont Blanc, Thierry Jeantet, considère que dans la situation de crise où le monde est plongé, plus que jamais l’Economie Sociale a à faire valoir ses propositions pour « une mondialisation à visage humain ». Son devoir est désormais de parler. Elle le fera au sommet de Rio + 20 organisé l’an prochain. Thierrry Jeantet a accordé une interview à Nord-social, à Chamonix, à l’occasion des 5ème Rencontres du Mont-Blanc.

Nord-social.info : pourquoi avoir placé les 5ème Rencontres du Mont-Blanc sous l’auspice de Rio + 20 ?

Thierry Jeantet : « Nous pensons que l’économie sociale et solidaire est un modèle de développement soutenable, intégratif et donc durable. En ce sens, il correspond aux enjeux qui vont être discutés par les 194 chefs d’État à Rio + 20 ». « C’est donc une occasion historique pour l’économie sociale de s’adresser à ces chefs d’État pour leur faire comprendre qu’il ne faut pas, uniquement,qu’ils cherchent des idées pour guérir le capitalisme, mais que d’autres voies existent et, notamment, celle de l’économie sociale ».

Nord-social.info : quels sont les objectifs de ces Rencontres ?

Thierry Jeantet : « Nous avons préparé un document d’orientation avec des acteurs de l’économie sociale, mais aussi des universitaires, des chercheurs qui comporte toute une partie d’analyse, mais aussi des sentiers et des propositions qui ont été débattues à Chamonix ». « Parmi les grandes questions que nous posons ce trouvent celle des biens communs, mais aussi la manière de faire évoluer, et surtout étendre la notion de propriété collective de nouveaux secteurs d’activité. Évidemment, les logiciels libres entrent dans ce cadre, peut-être demain les semences libres. Dans le futur, il y aura, probablement, d’autres formes de propriétés qui faciliteront l’accès, notamment, à des biens et des services d’intérêt général ».

« Ces Rencontres, portent aussi la volonté de s’adresser aux chefs d’État pour leur dire : nous sommes des partenaires et pas des obligés. Vous devez tenir compte de l’économie sociale, peut-être en faisant adopter des lois cadres comme c’est déjà l’objet en Espagne, au Portugal et comme cela le sera, peut-être, en France, ou ailleurs, en Amérique centrale ou en Amérique latin. Mais, surtout, vous devez nous prendre en compte comme partenaires pour réorienter vos économies, pour intégrer plus largement les populations dans la société, pour mieux respecter l’environnement ».

Nord-social.info : les représentants des Rencontres du Mont-Blanc seront-ils présents à Rio+ 20 ?

Thierry Jeantet : « Nous sommes déjà présents dans le processus de Rio. C’est très important. Si nous avons tenu à organiser ce forum des dirigeants des entreprises et organismes de l’économie sociale au niveau international en ce mois de novembre, c’est parce qu’il ne faut pas attendre juin. Il faut s’exprimer dès maintenant. Il faut commencer à sensibiliser les chefs d’État dès maintenant. C’est un énorme travail. Contrairement à la méthode traditionnelle adoptée par certaines ONG qui attendent le dernier moment, nous avons voulu nous y prend très en avance ».

« Nous serons aussi présents à Rio+20. D’ailleurs, symboliquement, et nous espérons qu’il ira mieux, le président Lula qui est à l’origine de Rio, devrait remettre le prix international des Rencontres du Mont-Blanc lui-même, lors du Sommet ».

Nord-social.info : quels sont les cinq grandes propositions que vous mettez en avant ?

Thierry Jeantet : « Les propositions portent, transversalement, sur la démocratie économique, sur les formes de propriété, sur l’intégration sociale, sur la nécessité pour l’économie sociale de s’organiser plus fortement au niveau international, de croiser ces réseaux et de porter des projets »

« L’économie sociale ne doit pas simplement être la pour dialoguer avec l’État, mais aussi pour faire des propositions. Et entre autres, elle doit être un acteur central de ce qu’on appelle la Green économie, qui doit être, pour nous, une Green et Social Economie ».

Nord-social.info : la manière dont l’économie sociale exerce la gouvernance et la démocratie sociale n’est-elle pas un point qui la caractérise fortement et la distingue nettement du modèle capitaliste ?

Thierry Jeantet : « ici, je vais parler personnellement. L’économie sociale est une alternative. Il faut l’affirmer très fortement. Je suis étonné des réflexions parfois passéistes, où ou l’on dit : « attendez, l’économie sociale, soyez prudents, restez à votre place, soyez modestes ! ».

« Non, il faut arrêter ça, il faut arrêter ça. Être une alternative, cela ne veut pas dire que l’on ne respecte pas les autres. Je suis très favorable à la biodiversité des systèmes et des modèles. Mais, si on ne pose pas cette notion d’alternative, on restera toujours en arrière ». « Pour en revenir à la question de la gouvernance, c’est vrai que c’est absolument central. Il faut une gouvernance vivante, c’est-à-dire véritablement vécu, véritablement démocratique, avec des gens formés, ayant la capacité de prendre en charge les responsabilités et de les exercer jusqu’au bout. Pour bâtir et développer des entreprises de l’économie sociale vraiment différentes des entreprises traditionnelles, il faut que cette gouvernance soit réellement démocratique avec des gens en capacité de l’exercer cette démocratie ».

« Mais je pense qu’au au-delà, la question essentielle, c’est celle de la forme de la propriété de l’économie sociale, la forme de cette propriété privée et collective. Pour moi, la vraie rupture avec le système traditionnel, actionnarial ou patrimonial, c’est cette forme d’une propriété à la fois privée et collective différente. Pour moi, la modernité c’est largement çà ».

Nord-social.info : qu’elle forme pourrait prendre ce nouveau type de propriété ?

Thierry Jeantet : « Je pense aux formes de propriété coopérative et mutualiste avec les réserves impartageables, avec la propriété impartageable, mais aussi à ce que sont les formes de propriété ouverte, tels les logiciels libres, ou tout ce qui est open source ».

Nord-social.info : d’où l’intérêt, par exemple, des SCIC permettant un contrôle collectif des eaux dans les villes, ou des biens communs ?

Thierry Jeantet : absolument, c’est l’un des éléments importants des nouvelles formes à mettre en place.

Nord-social.info : des responsables expliquent que les organisations de l’économie sociale doivent s’inscrire dans les politiques des organismes internationaux ?

Thierry Jeantet : « Je dirai l’inverse. Que les organisations internationales tiennent compte des politiques de l’économie sociale. Nous souhaitons établir des partenariats forts entre les organisations internationales et celles de l’économie sociale. C’est ce que nous devons réussir ».

« Je pense que cela commence à se faire grâce aux rencontres du Mont-Blanc puisque nous avons des relations fortes avec le PNUD, nous avons même eu un dialogue avec l’OMC, même si ce n’est pas facile, mais aussi avec la FAO, avec la CNUCED, avec le programme alimentaire mondial ». « L’économie sociale commence à être perçue dans sa globalité par ces institutions internationales ».

Nord-social.info : vous travaillez à une extension des rencontres Mont-Blanc ?

Thierry Jeantet : « C’est l’une des objectifs de ces 5ème Rencontres du Mont-Blanc. Nous voulons transformer l’Association des Rencontres du Mont-Blanc pour l’internationaliser plus largement, pour faire monter au conseil d’administration une représentation plus large du monde. Ça se fera progressivement, mais il faut absolument le faire. On est en train d’engager une réforme de l’association en ce sens ».

« L’autre idée, c’est qu’un sommet sur deux se tienne sur un autre continent. Qu’on revienne régulièrement à Chamonix, mais qu’on aille aussi organiser des forums, en Asie et en Amérique du Sud, en Afrique afin que les Rencontres du Mont-Blanc deviennent vraiment le forum international des décideurs de l’économie sociale ».

Propos recueillis par Jean-Paul BIOLLUZ

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