François Hollande considère l'économie sociale et solidaire comme une voie pertinente face au système économique actuel essoufflé

02/03/2012

Interview
mars 02 2012
Thème: Dialogue social

Interview de Thierry Jeantet, vice-président du Parti radical de gauche (PRG) et responsable de l'économie sociale et solidaire dans l'équipe de campagne de François Hollande. Comment rendre l’économie sociale plus lisible par les citoyens ? Comment concilier la recherche d’une taille critique et les valeurs revendiquées de l'économie sociale ? Quels sont les points clés de la loi de programmation de l'économie sociale et solidaire annoncée ?

Lorsqu'on parle d'économie sociale, on rappelle souvent que celle-ci emploie 12% des salariés du privé, qu'elle est composée de 210 000 entreprises et qu'elle représente 10% du PIB. Or, malgré son importance, cette économie peine à être vraiment visible et repérée par les citoyens. Que comptez-vous faire pour lui faire gagner en lisibilité ?

Si François Hollande est élu, l'économie sociale et solidaire sera rendue visible car le candidat soutenu par le PS et le PRG appelle au changement et considère cette autre économie comme une voie pertinente et prometteuse face au système actuel assez « essoufflé ». Il y a une vraie volonté de la mettre en avant car elle répond à des critères d'efficacité économique, sociale et environnementale. C’est un moteur du changement. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si elle figure dans la première proposition des 60 engagements du candidat. Il y indique qu'il créera une Banque Publique d'Investissement et qu'« une partie des financements sera orientée vers l'économie sociale et solidaire ». Les financements de cette future banque publique (en lien notamment avec l’Institut de Développement de l'Economie sociale, France-Active…) vont favoriser le développement des projets de ce secteur, ce qui n'a pas été vraiment le cas avec le « grand emprunt » dont les dispositifs d’accès étaient conçus principalement pour les sociétés classiques. Il est aussi question de moderniser le titre participatif et le titre associatif, créés respectivement en 1983 et 1985, car ils pourraient être mieux et plus utilisés. Ces valeurs mobilières sans droit de vote devraient pouvoir être acquises, plus aisément, par des particuliers ou des institutions et contribuer davantage à l'essor de l'économie sociale.

Quelles autres grandes mesures sont prévues ?

François Hollande a prévu de faire voter une « loi de programmation de l'économie sociale et solidaire ». Parmi ses principales mesures, celle-ci comportera un assouplissement des SCIC (société coopérative d'intérêt collectif), créées par la loi du 17 juillet 2001, de façon à encourager leur développement (190 recensées en 2012); un statut de « coopératives de logement » qui pourraient par exemple être créées sur des terrains que l'Etat cèderait pour construire des logements sociaux; un droit de préférence qui permettrait la reprise d'une entreprise par les salariés quand un patron n'a pas de successeur ou quand l'entreprise est en difficulté, ceci avec une préparation sérieuse en amont et non pas à la dernière seconde comme dans le dossier SeaFrance; un soutien conséquent aux emplois d'insertion; un vrai partenariat Etat-associations qui passerait par un « dialogue civil » permanent et des crédits pluriannuels, ce qui, dans les deux cas, a été totalement abandonné ces dernières années ; enfin, il s'agit de donner une place aux employeurs de l'économie sociale aux côtés des autres organisations patronales dans la négociation collective, ce qui n'est toujours pas le cas malgré un score de 19% aux dernières élections prud'hommales de 2008. Ce sera une loi « pivot » permettant de faciliter le développement de l’économie sociale et solidaire.

Ces dernières années, les entreprises de l'économie sociale se sont lancées dans une course à la taille et à la concentration, ce qui a conduit à la constitution de groupes énormes et tentaculaires. N'est-ce pas difficile de concilier ce gigantisme et les valeurs revendiquées de l'économie sociale telle que la proximité des adhérents et une gouvernance démocratique ?

Il est vrai que l'économie sociale est en train de changer de taille pour s'adapter à la concurrence européenne et mondiale. Mais, nous sommes à un tournant. Il y a une vraie prise de conscience dans les grandes structures de la nécessité de bien faire vivre les valeurs (un homme = une voix, solidarité, répartition équitable des excédents…), car les consommateurs sont en quête de sens et sont attirés par l'éthique. Il y a donc tout intérêt à mettre en avant ce mode de fonctionnement différent. Les banques coopératives en Europe voient, depuis les crises de 2008 et 2011, arriver à elles de nouveaux déposants.
En Pologne, par exemple, la mutuelle d'assurance TUW créée en 1992 connaît un rythme de croissance de 20 à 30% par an et a atteint 1 million de sociétaires. Par ailleurs, tout en étant un grand groupe leader en Europe, une coopérative comme Chèque Déjeuner respecte une échelle des salaires de 1 à 7. Une étude INSEE de février 2012 confirme d'ailleurs que les écarts de salaires sont bien plus resserrés dans l'économie sociale que dans les entreprises dites capitalistes.

Envisagez-vous des réformes pour les mutuelles de complémentaire santé ?

Bien entendu, en matière de protection sociale, la première préoccupation de François Hollande est le renforcement du régime obligatoire. Mais il est très attentif à l'action, importante, des mutuelles de prévoyance et de santé qui jouent souvent un rôle innovant (notamment avec la notion de parcours de santé). Il ouvrira d’ailleurs un débat sur la place et le rôle des organismes complémentaires.


À propos de l'auteur
Emmanuelle Heidsieck
journaliste-auteur
Nombres d'articles : 150
Inscrit le 17 déc., 2007

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Commentaires

Commentaire de degiovani | 05/03/2012

Commentaire de degiovani | 05/03/2012

Commentaire de degiovani | 05/03/2012

Commentaire de gola | 05/03/2012

Commentaire de gola | 05/03/2012

Commentaire de dupont | 05/03/2012

Commentaire de dupont | 05/03/2012

Je suis d'accord pour les réformes envisagées pour les mutuelles de santé.

Par contre, pour les mutuelles d'assurances du GEMA, révisez votre position car leurs dirigeants se goinfrent sans que les sociétaires le sachent.
Et quand je dis " se goinfrent" , c'est un petit mot.
Ils se servent du statut du mutualisme pour bien vivre sans se soucier des autres , mais voteront , bien sûr Hollande , pour avoir bonne conscience.

Rouen, le summum du mutualisme caviar avec Havis

Commentaire de demurger | 05/03/2012

Tout le monde sait que les dirigeants de la MATMUT sont des profiteurs .

L'Economie sociale n'a pas de sens avec de tels dirigeants.
Le Président embauche son épouse comme Directeur du Développement, son copain deGio , pour un poste bidon, , achète une Porsche aux fais des sociétaires et va bien dépenser à tout va poour son bon plaisir.

C'est cela l'économie sociale ?

Avec de tels exemples, je me demande s'il ne faut pas aller vers le secteur privé car les dirigeants mutualistes verrouillent leurs conseils d'administration et sont "indéboulonablables" .

QUEL GACHIS!

Et que je te vote pour Hollande avec 35000 euros par mois ( sans les avantages et les magouilles)

Commentaire de berthoux | 05/03/2012

Tout le monde sait que les dirigeants de la MATMUT sont des profiteurs .

L'Economie sociale n'a pas de sens avec de tels dirigeants.
Le Président embauche son épouse comme Directeur du Développement, son copain deGio , pour un poste bidon, , achète une Porsche aux fais des sociétaires et va bien dépenser à tout va poour son bon plaisir.

C'est cela l'économie sociale ?

Avec de tels exemples, je me demande s'il ne faut pas aller vers le secteur privé car les dirigeants mutualistes verrouillent leurs conseils d'administration et sont "indéboulonablables" .

QUEL GACHIS!

Et que je te vote pour Hollande avec 35000 euros par mois ( sans les avantages et les magouilles)

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